Le Programme des Nations-Unies pour l'environnement (PNUE) avertit l'humanité, dans son dernier rapport du 25 octobre dernier, qu'il reste peu de temps pour amorcer un virage à l'échelle planétaire afin d'éviter la disparition de l'espèce humaine. À la présente conférence de Bali, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) nous confirme lui aussi l'urgence de changer nos comportements individuels et collectifs pour limiter les effets néfastes des changements climatiques. Il faut donc, urgemment, se mobiliser et s'engager collectivement pour éviter que les scénarios catastrophiques décrits par les scientifiques ne se matérialisent. Alors que l'on débat de ces questions vitales à l'échelle mondiale, au Québec, on se passionne pour des sujets comme la piètre qualité du français des étudiants ou le port du voile lors d'un scrutin et autres accommodements raisonnables ! Il importe de préserver la culture québécoise, mais lorsque c'est la survie de l'espèce humaine qui est en jeu, ne devrait-on pas en faire la priorité numéro un dans nos débats publics ou du moins lui donner plus d'importance ?
Que se passe-t-il donc dans la tête de nos dirigeants ? Comment expliquer leurs efforts encore bien tièdes face à ces questions vitales ? Tenteraient-ils ainsi de nous distraire pour nous éloigner des débats fondamentaux sur l'avenir de notre mode de vie, érigé en système que la planète ne peut tout simplement plus supporter ? Peut-être craignent-ils de perturber la sacro-sainte « croissance économique » avec de tels débats ayant pour conséquence de miner la confiance des consommateurs et des investisseurs en notre économie dopée par la surconsommation et le gaspillage, De toute façon, l'économie mondiale, telle qu'on la connaît, ne pourra plus tenir la route encore bien longtemps. Les signes avant-coureurs sont déjà là, comme l'envolée du prix du baril de pétrole liée à une demande mondiale qui dépasse les capacités de production.
Nous devrions plutôt être en train de discuter de la mobilisation générale nécessaire à notre survie et celle de nos enfants. Nos grands-parents ont su le faire quand la paix mondiale a été menacée par le nazisme. Lorsque la guerre a été déclarée pour contrecarrer cette menace, ils ont accepté un rationnement et une réorientation de la production industrielle afin de soutenir l'effort de guerre. Pendant que les hommes combattaient, des milliers de femmes ont quitté leur foyer pour aller produire des avions, des chars d'assaut et des munitions. Et nous les admirons encore de cet effort collectif. Aujourd'hui, c'est littéralement la survie de l'espèce humaine qui est en jeu, et pourtant cette menace imminente occupe bien peu de place dans nos préoccupations ! Si l'on ne fait rien, nos descendants nous maudirons pour tous leurs malheurs. Déjà, les populations des pays les plus pauvres doivent subir le choc dévastateur des dérèglements climatiques, déclenchés par notre insouciance.
Heureusement, nous avons l'embarras du choix pour contribuer à la Solution plutôt qu'au Problème. Une multitude de propositions de changements dans nos habitudes de consommation et de production sont mises de l'avant par de nombreuses organisations. Nous n'avons qu'à penser au covoiturage, aux maisons plus écologiques et moins énergivores, aux énergies solaire et éolienne, à l'agriculture biologique, aux efforts de réduction-réutilisation-recyclage (3R), à la simplicité volontaire, et ainsi de suite.
Ce qui manque pour amorcer tous ces changements positifs, c'est une volonté populaire clairement exprimée et des leaders politiques à l'écoute des vraies priorités d'une population de plus en plus consciente. De nombreux jeunes du Québec prennent aujourd'hui les choses en main, comme on peut le voir avec les nombreuses « Écoles vertes Brundtland » qui intègrent dans leur gestion quotidienne la protection de l'environnement. Hélas, ce sont trop souvent les adultes qui se traînent les pieds avec leurs mauvaises habitudes de consommation peu écologiques et qui se vautrent dans le confort et l'indifférence en dépit des avertissements répétés des scientifiques et des économiques.
Nous devons nous inspirer de la détermination de nos grands-parents et des jeunes d'aujourd'hui pour se mobiliser et s'engager dans une réorganisation de notre société pour faire face à ces tempêtes mondiales dont les ravages actuels ne sont qu'un avant-goût des désastres à venir. Discutons des responsabilités que nous sommes prêts à assumer comme citoyen, comme entreprises ou comme instance gouvernementale, et de ce qui pourrait nous permettre de mieux faire face aux crises actuelles et futures. Devenons solidaires de l'effort planétaire ! C'est la seule façon de nous en sortir, comme nous l'avons appris avec le déluge du Saguenay et la crise du verglas. Avant que l'ensemble de la société québécoise ne soit frappée elle aussi de plein fouet par les incontournables conséquences d'un siècle et demi d'inconscience et d'insouciance au plan écologique, il faut agie et faire notre part pour développer un mode de vie responsable.
Engageons-nous à soutenir par tous les moyens les individus et les entreprises durant cette transition vers ce nouveau mode de vie. Reconnaissons notamment à toute personne, pour éviter de tomber dans la pauvreté, le droit à un revenu minimum qui serait lié à une responsabilité de participer à l'enrichissement collectif, et ce, de la manière jugée la plus convenable par chacun. Engageons-nous à respecter les limites de notre environnement, localement et globalement. Reconnaissons la nécessité de lier notre droit de produire et de consommer à notre responsabilité à en assumer tous les coûts afférents, plutôt que d'en refiler la note aux générations futures. Clarifions aussi les responsabilités des producteurs et des consommateurs en ce qui concerne la libre circulation de l'ensemble de l'information d'intérêt public afin que chacun, gouvernements, entreprises et individus, puisse prendre des décisions éclairées et respectueuses des limites écologiques, sociales et économiques.
Tout le monde sait pertinemment que notre système politique, dans sa forme actuelle, ne permet pas l'émergence de la volonté politique nécessaire à la mise en place d'un véritable développement durable, car les mandats sont limités à cinq ans et soumis au lobbying des grandes compagnies. En plus, les politiciens espèrent avant tout se faire réélire sur la base de la performance économique et sociale de leur gouvernement et fort peu sur la base de leur bilan en matière de protection de l'environnement. La dynamique politique actuelle favorise les solutions à court terme et nuit à la prise de décisions pour un développement durable car elles risquent de nuire aux politiciens le jour des élections.
Tant que les politiciens ne percevront pas une réelle volonté de la population à soutenir clairement les engagements collectifs afin de relever les défis québécois et planétaires, il ne faut pas espérer avoir mieux que ce que l'on a en ce moment. Avec un engagement collectif à long terme, le législateur pourrait s'appuyer sur un partage des droits, des libertés et des responsabilités de chacun, jusqu'à l'élaboration et l'adoption de lois et de règlements visant à favoriser un mode de vie véritablement éco-responsable. Ce nouveau « contrat social » permettrait une transition vers un ensemble de mesures législatives favorisant un authentique développement durable au Québec. De plus, pour assurer une souveraineté de la population sur ses choix de société, la population pourrait également détenir un droit de veto sur toute décision législative grâce à un mécanisme de référendum d'initiative populaire, comme celui utilisé pour les défusions municipales. Il ne servirait toutefois qu'en dernier recours, soit lorsqu'une décision gouvernementale irait clairement à l'encontre de la volonté populaire exprimée dans le contrat social.
Jean Ouimet
Candidat dans la course à la direction du Parti Québécois en 2005
Conseiller au développement durable de Jacques Parizeau en 1994
Chef du Parti vert du Québec de 1989 à 1993